Épisode 1416 : Grok, c’est le chatbot d’IA générative développé par xAI, la société d’Elon Musk, et profondément intégré à X. Sa promesse : une IA conversationnelle “différente”, connectée en temps réel aux contenus de la plateforme, capable de générer textes et images avec un ton provocateur, parfois volontairement transgressif.
Mais ces dernières semaines, Grok est surtout devenu le symbole d’un dérapage majeur. Des enquêtes ont révélé que l’outil permettait la création d’images sexuellement explicites de personnes réelles, y compris des deepfakes dénudés, avec des cas impliquant des mineurs. Résultat : indignation politique, couverture médiatique massive, enquêtes des régulateurs et blocages dans plusieurs pays.
👉 La vraie question n’est plus seulement “Grok a-t-il dérapé ?” mais plutôt :
est-ce que cet épisode n’est pas le point de non-retour pour X dans son ensemble ?
1. C’est quoi exactement Grok ?
Lancé fin 2023, Grok se positionne comme la réponse d’Elon Musk à ChatGPT. Une IA conversationnelle qui revendique :
- un ton sarcastique et “anti-woke”,
- une liberté de réponse assumée,
- et surtout un accès direct aux posts X pour proposer une “vision temps réel du monde”.
Sur le plan technique, xAI a accéléré très vite. Les versions successives de Grok (Grok 3 puis Grok 4) ont été entraînées sur un supercalculateur propriétaire, avec des performances revendiquées en raisonnement, mathématiques, code et génération d’images.
👉 Grok n’est pas un gadget. C’est un outil extrêmement puissant.
Et comme souvent avec l’IA générative, puissance sans garde-fous solides rime avec risques majeurs.
2. L’« affaire Grok » : le scandale des images sexuelles
Plusieurs enquêtes journalistiques et rapports d’ONG ont documenté l’utilisation de Grok pour :
- générer des images sexuellement explicites de personnes réelles sans consentement,
- “déshabiller” des photos existantes,
- produire des deepfakes impliquant parfois des mineurs.
Ces révélations ont déclenché une réaction en chaîne :
- condamnations publiques de responsables politiques au Royaume-Uni et en Australie, évoquant des contenus “entièrement inacceptables”,
- blocage temporaire de Grok en Indonésie,
- décision de la Malaisie de bloquer l’outil,
- ouverture d’une enquête par le régulateur britannique Ofcom sur les responsabilités de X.
👉 On ne parle plus d’un simple usage marginal ou détourné.
Les régulateurs évoquent clairement des atteintes graves aux droits, à la dignité et à la protection des mineurs.
Quand ton IA maison sert à créer des deepfakes sexuels, est-ce qu’on parle encore d’un bug… ou d’un échec systémique de conception et de modération ?
3. La réponse de X et de xAI : un pansement sur une jambe de bois ?
Face au tollé, X a annoncé plusieurs ajustements :
- restriction de certaines fonctionnalités de génération et d’édition d’images,
- accès désormais limité aux utilisateurs payants et vérifiés,
- promesse d’un meilleur suivi et traçage des abus.
Mais ces réponses peinent à convaincre.
Juristes, chercheurs et ONG de protection de l’enfance soulignent un point central : le problème n’est pas seulement l’accès, mais l’existence même d’un outil capable de produire ce type de contenus sans barrières suffisamment robustes.
👉 Limiter l’usage aux abonnés ne règle pas la question de fond :
celle d’une IA déployée trop vite, sans réflexion suffisante sur les risques sociaux et humains.
4. X, une confiance déjà en chute libre côté marques
L’affaire Grok arrive dans un contexte déjà très dégradé pour X.
Depuis des mois, la plateforme est confrontée à une défiance massive des annonceurs.
Quelques chiffres clés :
- selon Kantar, 26 % des marketeurs ont réduit leurs investissements pub sur X en 2025, un record parmi les grandes plateformes,
- seuls 4 % estiment que X offre un environnement réellement “brand safe”,
- la confiance globale dans la publicité sur X est tombée à 12 %, contre 22 % deux ans plus tôt.
👉 Autrement dit : X était déjà fragile avant Grok.
Le scandale agit comme un accélérateur de méfiance.
5. Grok comme révélateur : X est-il encore tenable pour les marques ?
Pour beaucoup de marques, Grok n’est pas un accident isolé mais un révélateur.
Un symptôme d’une plateforme devenue :
- imprévisible,
- exposée à des contenus extrêmes, complotistes ou toxiques,
- gouvernée de manière très personnelle et conflictuelle.
Les prises de parole d’Elon Musk, minimisant les critiques en les qualifiant de tentatives de censure, et les réponses agressives de X à certains médias renforcent l’idée d’une plateforme en opposition permanente avec annonceurs, journalistes et régulateurs.
6. Rester ou partir ?
Au revoir et à jamais
- Sortie assumée et expliquée publiquement,
- discours clair sur les valeurs : brand safety, respect des personnes, rejet des deepfakes sexuels,
- plan alternatif pour maintenir le lien avec l’audience.
On ne parle pas seulement de reach ou de CPM. On parle de valeurs, de sécurité des personnes et d’image de marque à long terme
Conclusion – Grok, le point de bascule ?
L’affaire Grok concentre tous les signaux faibles accumulés autour de X :
- IA déployée trop rapidement,
- garde-fous insuffisants,
- exploitation de l’image des personnes sans consentement,
- pression croissante des régulateurs,
- annonceurs qui décrochent.

