Épisode 1425 : C’est un tournant majeur pour l’écosystème social media français. Dans la nuit du 26 au 27 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Une mesure inédite en Europe continentale, soutenue par Emmanuel Macron, et présentée comme une réponse à une urgence de santé publique.
Mais au-delà du débat politique, cette loi pose une question centrale pour les marques : que devient le marketing à destination des adolescents, alors que les 13–18 ans sont au cœur de la culture social media ?
1. Ce que dit exactement la loi
Avant de parler business et communication, il faut comprendre le périmètre réel du texte.
Une interdiction de principe
La loi pose un cadre clair :
👉 l’accès aux réseaux sociaux est interdit aux moins de 15 ans, sauf accord parental explicite.
Sont concernées les plateformes reposant sur des logiques de recommandation sociale et de captation de l’attention :
TikTok, Instagram, Snapchat, Facebook, YouTube, et plateformes équivalentes.
Une vérification d’âge structurante
Deux méthodes sont envisagées :
- vérification d’identité via pièce officielle + selfie
- estimation algorithmique de l’âge à partir d’un selfie
Le tout via un tiers de confiance, avec un système de “double anonymat”.
👉 Entrée en vigueur prévue :
- septembre 2026 pour les nouveaux comptes
- janvier 2027 pour l’ensemble des comptes existants
2. Une loi qui vise directement le modèle économique des plateformes
Ce texte ne parle pas seulement de protection de l’enfance, il cible un système.
Limiter la captation de l’attention… et la pression commerciale
Les débats parlementaires ont pointé :
- les mécaniques addictives
- l’exposition à des contenus inadaptés
- la pression commerciale exercée sur les mineurs
Un amendement prévoit même que les plateformes doivent garantir que les mineurs ne soient pas exposés à des pressions commerciales excessives, ni à la promotion de produits pouvant nuire à leur santé mentale ou physique.
👉 Pour la première fois, le marketing à destination des ados est clairement désigné comme un problème public.
3. Pourquoi cette loi frappe directement les marques
Dans les faits, beaucoup de marques affirment ne pas cibler “les enfants”.
Mais la réalité du social media marketing est différente.
Les 13–18 ans : une cible clé du social
Les lycéens sont :
- prescripteurs culturels
- moteurs de tendances
- surconsommateurs de formats courts
👉 Une énorme partie de l’économie de TikTok, Instagram et Snapchat repose sur eux.
4. Exemples concrets de marques qui s’adressent aux plus jeunes
Mode, streetwear et lifestyle
- Nike, Adidas : storytelling inspiré des jeunes, influenceurs lycéens, culture TikTok
- Supreme, Palace : marques construites sur la culture ado et urbaine
Boissons, snacks et food culture
- Coca-Cola, Monster Energy : présence massive sur les plateformes sociales jeunes
- Codes visuels, musiques, formats pensés pour TikTok et Snapchat
Gaming et divertissement
- Fortnite, Roblox, Minecraft : communautés très jeunes, social media comme canal principal
- PlayStation, Xbox : partenariats avec créateurs Gen Z
Streaming, médias et plateformes culturelles
- Netflix, Disney+ : séries ado promues massivement sur les réseaux
- Spotify : playlists, artistes émergents, formats courts orientés jeunes
👉 Ces marques ne vendent pas toujours directement à des enfants,
👉 mais elles construisent leur désirabilité et leur culture chez les 13–18 ans.
5. L’Australie : le laboratoire grandeur nature
Pour comprendre ce qui pourrait arriver en France, un pays fait figure de test : l’Australie.
Une interdiction encore plus stricte
Depuis décembre 2025, l’Australie interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, sans exception parentale.
Résultat :
- près de 5 millions de comptes jeunes supprimés ou bloqués
- obligation pour les plateformes de mettre en place des systèmes de vérification très stricts
- amendes très lourdes en cas de non-conformité
Ce que ça a changé concrètement
- chute immédiate des audiences très jeunes
- baisse de la data disponible pour le ciblage publicitaire
- déplacement des usages vers :
- messageries privées
- plateformes non régulées
- contournements techniques (VPN, fausses dates de naissance)
👉 Les ados ne disparaissent pas… mais ils deviennent plus difficiles à atteindre, mesurer et monétiser.
6. Les enseignements australiens pour les marques françaises
1️⃣ Une perte mécanique d’audience
Moins de comptes = moins de reach = moins de data.
Les marques perdent une partie de leur visibilité sur les plus jeunes.
2️⃣ La fin du flou sur l’âge
En Australie comme demain en France :
👉 l’âge devient un critère légal, plus seulement déclaratif.
👉 une campagne mal ciblée devient un risque juridique et réputationnel.
3️⃣ Un déplacement des investissements
Les marques australiennes ont commencé à :
- se concentrer davantage sur les 15–18 ans et 18–24 ans
- investir des terrains alternatifs : événements, gaming offline, partenariats culturels
- travailler davantage l’image que la conversion directe
7. Ce que ça change concrètement pour les marques en France
Vers une nouvelle majorité marketing
La majorité numérique à 15 ans devient un nouveau seuil stratégique.
Les marques devront :
- assumer clairement leurs cibles
- sécuriser leurs paramétrages publicitaires
- repenser leurs messages pour éviter toute accusation d’exploitation des mineurs
Moins de volume, plus de responsabilité
👉 Moins de campagnes massives
👉 Plus de réflexion sur le rôle culturel de la marque
👉 Plus d’exigence sur l’éthique et la conformité
Conclusion – La fin du marketing ado “facile”
Cette loi marque la fin d’un âge d’or :
celui d’un marketing adolescent massif, peu encadré, porté par les algorithmes.
Les ados resteront prescripteurs.
Les tendances continueront de venir d’eux.
Mais les marques ne pourront plus les adresser de la même manière.
👉 Le social media reste central,
👉 mais il devient un terrain plus réglementé, plus risqué, plus mature.Un défi majeur pour les marques…
et sans doute une opportunité de faire enfin un marketing plus responsable auprès des jeunes générations.

