Épisode 1478 : Ce week-end des 23 et 24 mai 2026, il s’est passé quelque chose de très intéressant pour les marques, les plateformes sociales et l’industrie du sport : deux événements portés par des créateurs ont rempli de grands stades français, tout en générant des centaines de milliers de spectateurs en ligne.
D’un côté, le Crunch Creator, imaginé par Diego Sarthou, alias Djayson Karavane, a transformé le France-Angleterre de rugby en show social media au Stade Atlantique de Bordeaux. De l’autre, Eleven All Stars 2, porté par AmineMaTue, a installé le match de foot des créateurs au Parc des Princes, avec une affiche France-Angleterre face aux Sidemen.
Deux événements différents, deux sports différents, mais une même logique : les créateurs ne se contentent plus de produire du contenu, ils produisent des moments collectifs. Et surtout, ils savent mieux que personne transformer un événement IRL en machine à contenus.
1. Les chiffres : Twitch entre dans les grands stades
Le basculement culturel : quand les créateurs remplacent les médias
Le Crunch Creator et Eleven All Stars sont des marqueurs d’un basculement culturel.
Les créateurs occupent des stades, prennent la place symbolique des chaînes TV et des clubs comme producteurs de grands rendez-vous populaires, et s’installent comme nouveaux “programmateurs” de la pop culture.
Crunch Creator : plus de 40 000 personnes à Bordeaux
Le Crunch Creator a réuni plus de 40 000 spectateurs au Stade Atlantique de Bordeaux pour un match de rugby à 10 entre créateurs français et anglais, anciens joueurs et figures du rugby. Sport Buzz Business parle d’un stade rempli et d’une première édition réussie, avec une victoire française 62-61 dans un scénario très spectaculaire.
Côté streaming, les chiffres varient selon les sources et les méthodes de comptage. Sport Buzz Business évoque environ 300 000 viewers connectés sur Twitch au moment décisif, auxquels s’ajoutaient environ 100 000 personnes sur les plateformes YouTube et TikTok de Canal+ Sport. Les outils de mesure tiers donnent une lecture plus stricte de la chaîne Twitch principale : SullyGnome relève un pic à 222 700 viewers pour Djayson Karavane sur la période, tandis que TwitchTracker remonte un pic proche de 223 346 viewers.
Ce qu’il faut retenir pour l’épisode : même en prenant le chiffre le plus conservateur, on parle d’un créateur qui passe d’une logique de contenus courts sur Instagram/TikTok à un événement capable de faire plus de 40 000 personnes en physique et plus de 200 000 à 300 000 personnes en live.
Eleven All Stars 2 : le Parc des Princes et un pic Twitch XXL
Le lendemain, Eleven All Stars 2 a pris le relais au Parc des Princes. L’événement était annoncé par le PSG comme le retour de l’événement signature d’AmineMaTue, avec une affiche France-Angleterre contre les Sidemen, le dimanche 24 mai 2026 à 21h10.
Pour l’audience Twitch, SullyGnome indique qu’AmineMaTue a atteint 651 600 viewers en pic, ce qui en fait le plus gros pic Twitch de la semaine, du mois et même de l’année 2026 à date sur la plateforme selon l’outil. TwitchTracker donne un ordre de grandeur très proche, avec 654 822 viewers en pic sur la chaîne d’AmineMaTue.
Sur l’IRL, les sources pré-événement parlaient d’un Parc des Princes avec près de 50 000 fans attendus. Je n’ai pas trouvé, au moment de la recherche, de bilan officiel post-match consolidé donnant l’affluence exacte payante/présente. Pour les notes, il vaut mieux formuler : “près de 50 000 spectateurs attendus au Parc des Princes” ou “un Parc des Princes quasiment plein”, plutôt que d’affirmer un chiffre exact non publié.
Le contexte : une tendance qui s’installe
Le Eleven All Stars n’arrive pas de nulle part. En 2022, la première édition France-Espagne avait atteint 1,1 million de Peak Viewers sur Twitch, devenant alors l’un des plus gros lives francophones. En 2024, le match retour Espagne-France avait atteint 991 000 Peak Viewers, devenant le plus gros live français de l’année 2024 selon Streams Charts.
Ce week-end confirme donc une tendance lourde : les créateurs sont en train de bâtir leurs propres compétitions sportives, leurs propres rendez-vous premium, leurs propres grands-messes populaires. Le GP Explorer avait ouvert la voie sur le sport automobile. Eleven All Stars l’a fait avec le foot. Crunch Creator vient de montrer que le rugby pouvait lui aussi entrer dans cette logique.
2. Créer l’événement IRL pour mieux le relayer sur les réseaux
L’ingénierie d’événement XXL par des streamers
Les créateurs qui viennent du stream et du montage vidéo sont devenus en quelques années des “producteurs d’arena shows”, avec des standards proches du sport pro.
Organiser un match France-Angleterre au Stade Atlantique ou au Parc des Princes implique négociation avec la ville, le stade, la sécurité, la billetterie, la maintenance, la technique… tout ça porté par des équipes autour de Diego ou d’Amine, pas par une Ligue pro.
L’angle devient : comment des créateurs qui viennent du stream et du montage vidéo deviennent en quelques années des “producteurs d’arena shows”, avec des standards proches du sport pro.
Twitch et le “nouveau prime time”
Twitch n’est plus juste une plateforme de jeux vidéo, c’est devenu une infrastructure pour diffuser des événements “à la TV”, mais avec des codes beaucoup plus interactifs et communautaires.
Prenons l’exemple du ELeven All Star : Entre le live principal et le co-streaming, la diffusion de l’evenement se transforme en constellation de lives parallèles, chacun avec sa tonalité. C’est une nouvelle façon d’envisager la diffusion audio visuelle et le prime time.
Ce qui est fort dans ces événements, c’est qu’ils ne sont pas pensés uniquement comme des matchs. Ils sont pensés comme des écosystèmes de contenus.
Avant l’événement, il y a les annonces de casting, les vidéos d’entraînement, les teasings, les maillots, les confrontations, les contenus humoristiques, les lives de préparation. Pendant l’événement, il y a le live Twitch, les clips, les moments de jeu, les buts, les essais, les célébrations, les fails, les réactions en direct. Après l’événement, il y a les best-of, les débriefs, les extraits TikTok, les vlogs, les photos Instagram, les formats coulisses.
Le Crunch Creator est particulièrement intéressant de ce point de vue. Sport Buzz Business souligne la qualité de la réalisation : ralentis, drone, caméras embarquées, interviews sur la pelouse… L’événement ressemblait davantage à une production premium qu’à un simple match d’influenceurs.
C’est exactement la recette d’une activation social media réussie : l’IRL devient le décor, mais le vrai terrain de jeu, ce sont les réseaux sociaux.
Un événement physique crée trois choses que les marques recherchent en permanence :
D’abord, il crée de la rareté. Un live, un stade, une date, un score : ça donne une raison de se connecter maintenant.
Ensuite, il crée de l’émotion collective. Les spectateurs dans le stade donnent de la puissance aux images. Le public devient lui-même un élément de contenu.
Enfin, il crée de la matière conversationnelle. Chaque joueur est aussi un média. Chaque créateur impliqué vient avec sa communauté, ses codes, son ton, sa plateforme dominante. L’événement ne dépend donc pas d’un seul compte organisateur : il est relayé par tout un réseau d’influenceurs.
C’est là que le modèle est très puissant. Dans un événement sportif classique, la communication est centralisée : le club, la ligue, le diffuseur, les sponsors. Dans un événement de créateurs, la communication est distribuée. Chaque participant est une antenne. Chaque story, chaque post, chaque live, chaque réaction ajoute une couche de bruit.
On pourrait presque dire que le match est le prétexte. Le vrai produit, c’est la conversation sociale autour du match.
3. Les marques : du sponsoring classique qui manque un peu d’idée
Ces événements sont aussi intéressants parce qu’ils attirent désormais des marques très installées. Et pas seulement des marques gaming ou tech.
Crunch Creator : un line-up partenaires très structuré
Le Crunch Creator affichait un portefeuille de partenaires dense. Sport Buzz Business cite notamment la Marine nationale comme partenaire majeur, Société Générale et Carglass comme partenaires officiels, Volvic en sponsor premium, Andros en sponsor, NOLT comme fournisseur officiel, Gilbert comme fournisseur technique officiel, ainsi que NRJ et Sud Ouest comme partenaires médias. La diffusion était assurée par Canal+.
La Marine nationale est un cas particulièrement intéressant : elle est présentée comme partenaire majeur du projet, avec une logique de recrutement et de valeurs collectives autour du sport, de l’effort et de l’engagement.
Société Générale a, elle, activé son partenariat avec une mécanique très rugby : une vidéo autour du vrai Crunch France-Angleterre, mettant en scène Diego Sarthou avec Thierry Dusautoir et Jonny Wilkinson. Carglass a choisi une activation plus humoristique, avec son personnage publicitaire “Fred” intégré aux codes du Crunch Creator.
Ce sont deux exemples très parlants : les marques ne se contentent pas de poser un logo. Elles essaient d’entrer dans le langage de l’événement.
Eleven All Stars 2 : des marques jeunes, populaires et digitales
Côté Eleven All Stars 2, Sport Buzz Business cite un portefeuille partenaires composé de Fortuneo, air up, Nike, Chicken Street, eBay, Les Produits Laitiers, Spotify et JD Sports.
Là aussi, le mix est intéressant. On retrouve une banque en ligne, une marque boisson/lifestyle, un équipementier sportif, une enseigne food très communautaire, une plateforme e-commerce, une marque institutionnelle alimentaire, une plateforme audio et un acteur sneaker/streetwear.
Autrement dit, des marques qui veulent toucher une audience jeune, connectée, communautaire, mais pas uniquement “gaming”. C’est tout l’intérêt de ces événements : ils parlent à la génération Twitch sans rester enfermés dans les codes du jeu vidéo.
L’impact sur les marques et le marketing
Ces événements deviennent des “super-campagnes intégrées” sur Twitch, Insta, YouTube, TikTok, plutôt qu’un simple sponsoring de maillot, et ce que ça change pour la stratégie social media des annonceurs
Les marques sont au cœur de Crunch Creator et d’Eleven All Stars
Autour d’Amine, on retrouve des marques comme Fortuneo, air up, Nike, Chicken Street, eBay, Les Produits Laitiers, Spotify, JD Sports. Un gros casting qui montre qu’on est au niveau d’un gros match ou d’un festival.
Pour les marques le deal est simple : Etre vu massivement (notoriété) et crée de la préférences sur une cible jeune.
Dans ces events, les marques ne restent pas en arrière-plan.
A la différence des programmes audio visuels d créateurs, les marques ont davantage d’opportunités lors d’évènement physiques. Si habituellement, les marques ne sont pas les bienvenues dans l’écriture des vidéos Youtube, il en va de même pour ces événements.
les marques co-financent le show, elles ajoutent des animations dans et autour du stade, des opérations spéciales, et elles deviennent une partie du récit que racontent les créateurs.
Peu de contenus sur leurs propres canaux
Les marques sont très présentes dans ces événements… mais elles produisent étonnamment peu de contenus sur leurs propres canaux, surtout au regard de l’ampleur des activations et des audiences générées.
Côté Crunch Creator : tu trouves des communiqués Société Générale ou Marine nationale, mais très peu de formats vidéo, de making-of, de décryptages ou de contenus longs exploitant le potentiel storytelling de l’event sur leurs propres plateformes.
Une dépendance au earned et au contenu des créateurs
En pratique, ce sont les créateurs, les médias marketing et les fans qui produisent l’essentiel des contenus autour de Crunch Creator et d’Eleven All Stars.
Une opportunité éditoriale largement sous-exploitée
Compte tenu du niveau d’investissement et du caractère spectaculaire de ces events, la faiblesse du owned media côté marques ressemble à une énorme opportunité manquée.
Elles pourraient créer des mini-docu, des séries “dans les coulisses”, des portraits de créateurs, des décryptages du business, ou même des formats pédagogiques sur leurs métiers, à partir de ce terrain de jeu.
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