Épisode 1482 : Et si le vrai sujet derrière le lancement de Ciao Energy n’était pas seulement la boisson, mais la machine qui permet aujourd’hui aux créateurs de devenir des marques de grande consommation ?
Le 1er juin 2026, Squeezie, Léna Situations et Inoxtag ont lancé Ciao Energy, une gamme de boissons énergisantes pensée comme une alternative plus lisible et moins sucrée aux energy drinks classiques. Le lancement coche toutes les cases du lancement XXL : trois créateurs ultra puissants, une vidéo YouTube longue, un spot Instagram, une présence immédiate en rayon, six goûts, un prix conseillé à 1,49 €, et une promesse produit très claire : moins de sucre, des arômes naturels, de la caféine naturelle, du guarana et de la stévia.
Mais derrière ce lancement, il y a une structure moins connue du grand public : Banger Ventures.
Banger Ventures, ce n’est pas une agence d’influence
Banger Ventures se présente comme un studio de marques CPG, c’est-à-dire spécialisé dans les produits de grande consommation : food, boissons, cosmétique. Sa promesse est assez simple : créer, lancer et faire grandir des marques, soit en propre, soit avec des talents, soit avec des entreprises qui veulent accélérer en Europe.
Ce point est important parce qu’on pourrait croire que Banger Ventures est une agence d’influence qui connecte des marques avec des créateurs. En réalité, le modèle est différent. L’entreprise ne vend pas seulement de la visibilité. Elle construit des produits, des marques, des circuits de distribution, des partenariats industriels et une stratégie retail.
Autrement dit : le créateur n’est pas juste l’égérie d’une campagne. Il devient co-créateur, associé à une marque qui doit exister en rayon, avec ses contraintes de prix, de goût, de production, de logistique et de réachat.
C’est tout le changement de paradigme. On ne parle plus de placement de produit. On parle de creator-led brands.
De Ciao Kombucha à Ciao Energy : le playbook commence à se dessiner
Le premier gros cas d’école, c’est évidemment Ciao Kombucha, co-créée avec Squeezie. La marque a connu une réussite éclair : La Réclame évoque 23 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins d’un an, sur un marché du kombucha qui pesait 6 millions d’euros en 2024.
Ce succès repose sur trois leviers très clairs.
D’abord, un bon timing marché. Les consommateurs cherchent des boissons moins sucrées, plus saines, plus transparentes, et des alternatives aux sodas traditionnels.
Ensuite, une puissance communautaire énorme. Quand Squeezie lance un projet, il ne part pas de zéro. Il active une base de fans engagée, habituée à suivre ses projets et à leur donner une chance.
Enfin, une exécution retail solide. Cyrille Jacques, CEO de Banger Ventures et co-créateur de Ciao Kombucha, explique que la partie visible, c’est Squeezie, mais que derrière il y a des équipes qui travaillent sur le marketing, le développement produit, la commercialisation, les relations avec les enseignes, la supply et la logistique.
C’est probablement là que se trouve la vraie valeur de Banger Ventures : dans sa capacité à faire dialoguer deux mondes qui ne parlent pas naturellement le même langage. D’un côté, les créateurs, leurs communautés, leurs timings de contenus, leurs envies créatives. De l’autre, la grande distribution, les marges, les rotations, les volumes, les taux de service, les contraintes industrielles.
Ciao Energy : la creator brand passe à l’échelle collective
Avec Ciao Energy, on change encore de dimension. Ciao Kombucha reposait principalement sur Squeezie. Ciao Energy associe Squeezie, Léna Situations et Inoxtag.
Ce n’est pas anodin. On passe d’une marque portée par un créateur à une marque portée par un collectif de créateurs majeurs. Cela permet d’activer plusieurs communautés à la fois, avec des univers différents : gaming, lifestyle, aventure, pop culture, mode, entertainment.
La Réclame souligne que le projet bénéficie d’un avantage structurel fort : la mobilisation simultanée de trois influenceurs majeurs, ce qui élargit mécaniquement le potentiel de consommateurs dès le lancement.
C’est aussi une façon de répondre à une limite évidente des marques de créateurs : la dépendance à une seule personne. Quand une marque repose uniquement sur un créateur, elle hérite de sa force, mais aussi de sa fragilité. Avec plusieurs créateurs, le risque est un peu plus distribué, et le lancement prend immédiatement une dimension événementielle.
La stratégie est très YouTube native : le lancement est accompagné d’une vidéo de près de 16 minutes publiée sur la chaîne d’Inoxtag. On n’est pas sur une campagne publicitaire classique. On est sur un contenu explicatif, incarné, long, qui raconte le produit et ses coulisses.
Brosti, autre preuve que Banger Ventures veut industrialiser le modèle
Le même jour que Ciao Energy, une autre marque de créateurs arrive en rayon : Brosti, les chips de McFly et Carlito, développées avec Banger Ventures.
Là encore, la logique est la même : une catégorie très grand public, un produit simple à comprendre, une promesse accessible, des saveurs qui mélangent références classiques et clins d’œil plus inattendus. Brosti est annoncé avec six saveurs, dont Jambon Beurre, Couscous Merguez, Fraise Chantilly, Nature, Barbecue, Sel et Vinaigre, au prix conseillé de 2,49 € le sachet de 125 grammes.
Ce lancement est intéressant parce qu’il montre que Banger Ventures ne veut pas rester “la boîte de Ciao”. L’entreprise veut construire un portefeuille de marques de créateurs, dans plusieurs verticales de la grande consommation.
Et c’est là que le mot venture studio prend tout son sens : on identifie une opportunité marché, on trouve le bon talent, on co-crée un produit, on structure la marque, on active la communauté, puis on emmène tout ça en grande distribution.
La “Creator Academy” : former les créateurs à devenir des patrons de marques
Le terme “Creator Academy” n’apparaît pas comme tel dans les documents fournis, mais l’idée est très présente dans la mécanique de Banger Ventures.
Ce que semble organiser Banger, c’est une forme d’académie informelle de la creator brand. Les créateurs ne sont pas seulement invités à prêter leur image. Ils doivent comprendre les règles du jeu de la grande consommation : développement produit, pricing, distribution, production, contraintes qualité, rythme des enseignes, gestion de stock, communication de marque.
Cyrille Jacques explique sur LinkedIn que sa conviction est née en observant les États-Unis : MrBeast avec Feastables, Logan Paul avec Prime Hydration, Emma Chamberlain avec Chamberlain Coffee. Pour lui, la creator economy n’est plus seulement un levier marketing, mais un nouveau socle de création de marques au XXIe siècle.
Dans cette logique, Banger Ventures joue le rôle de traducteur et de formateur. Le créateur apporte la vision, la culture, la communauté, l’incarnation. Banger apporte l’industrialisation, les réseaux retail, la production, la finance, la logistique et le savoir-faire produit.
C’est une académie parce que les créateurs apprennent à changer de posture : passer de média à marque, puis de marque à business durable.
Le vrai défi : durer après le buzz
Le gros sujet, maintenant, ce n’est pas de réussir un lancement. Avec Squeezie, Léna Situations, Inoxtag, McFly ou Carlito, le lancement est presque mécaniquement puissant.
Le vrai sujet, c’est le réachat.
Est-ce que les consommateurs reviennent acheter Ciao Energy une deuxième fois, une troisième fois, sans avoir besoin d’une nouvelle vidéo YouTube ? Est-ce que Brosti peut tourner en rayon sans dépendre d’un post Instagram ? Est-ce que Ciao Kombucha peut devenir une marque de boisson à part entière, et pas seulement “la boisson de Squeezie” ?
Cyrille Jacques insiste justement sur ce point à propos de Ciao Kombucha : l’objectif n’a jamais été de faire un simple “drop marketing” de youtubeur, mais de construire une marque capable de compter dans le rayon boisson. Il explique aussi que la marque doit progressivement prendre la parole par elle-même pour ne pas rester dépendante à 100 % du créateur.
C’est toute la différence entre du merch et une vraie marque FMCG. Le merch se vend parce qu’il est associé à quelqu’un. Une marque durable se vend parce que le produit tient sa promesse.
Ce que ça dit de l’avenir du social media
L’histoire Banger Ventures raconte quelque chose de plus large sur l’évolution des réseaux sociaux.
Pendant des années, les marques ont utilisé les créateurs comme des médias. Elles achetaient de l’attention, de la visibilité, de la crédibilité. Aujourd’hui, certains créateurs deviennent eux-mêmes des plateformes de lancement produit.
Ils ont l’audience, la confiance, la capacité à raconter, à expliquer, à créer l’événement. Et avec des structures comme Banger Ventures, ils peuvent désormais brancher cette puissance culturelle sur une chaîne industrielle et commerciale.
On passe donc d’une logique d’influence à une logique d’entreprise.
Pour les distributeurs, c’est aussi une opportunité. Les enseignes cherchent à attirer les jeunes générations en magasin, à créer du trafic, à dynamiser des rayons parfois très installés. Une marque portée par un créateur peut devenir un levier d’attractivité, à condition que le produit suive.
Conclusion
Banger Ventures est en train d’essayer de structurer en Europe ce que les États-Unis ont déjà commencé à voir émerger : des créateurs qui ne sont plus seulement des ambassadeurs, mais des fondateurs de marques de grande consommation.
Ciao Kombucha a servi de preuve. Ciao Energy montre que le modèle peut s’élargir à plusieurs créateurs. Brosti montre qu’il peut se décliner dans d’autres catégories.
Reste maintenant la grande question : est-ce que ces marques peuvent survivre à leur lancement ? Si oui, alors on ne parlera plus seulement d’influence marketing. On parlera d’une nouvelle génération de marques, nées des communautés, propulsées par les contenus, mais jugées comme toutes les autres sur un critère très simple : leur capacité à rester en rayon.
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