Épisode 1505 : Les créateurs deviennent des plateaux de campagne. Mais peut-on réguler leur influence avec les outils de la télévision ?
Les créateurs ont acquis un pouvoir de sélection, de présentation et de diffusion de la parole politique. L’Arcom veut désormais discuter des responsabilités qui accompagnent ce pouvoir. Mais la question n’est pas seulement de compter les minutes : c’est de savoir comment garantir un débat équitable dans un espace où chacun ne voit pas les mêmes contenus.
Introduction — Un candidat, deux micros et une question démocratique
Une personnalité politique s’assoit face à un créateur. Elle raconte son parcours, défend ses convictions, revient sur un échec ou parle de sa vie personnelle. L’entretien ressemble parfois à une émission politique, parfois à une conversation, parfois à un portrait.
Les exemples traversent les familles politiques : Dominique de Villepin ou Ségolène Royal chez Legend ; Jean-Philippe Tanguy et Manon Aubry chez Sam Zirah ; François Ruffin, Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon chez Gaspard G. Ces rendez-vous ne sont plus uniquement des espaces de divertissement dans lesquels la politique ferait une apparition occasionnelle. Ils participent à sa mise en scène et à sa circulation.
C’est précisément ce déplacement qui intéresse l’Arcom. Dans un entretien à La Tribune Dimanche, repris le 4 octobre, son président annonce une concertation avec les créateurs aux audiences les plus importantes, en vue de possibles règles pour la présidentielle de 2027. Il évoque l’honnêteté et l’équité, mais précise que l’encadrement ne serait pas identique à celui des médias traditionnels.
Le chronomètre n’est donc pas installé. En revanche, la question de la responsabilité éditoriale est posée.
Et elle ouvre un débat plus intéressant que l’opposition entre une télévision réglementée et un Internet supposément libre de toute obligation : à partir de quand une chaîne de créateur devient-elle un espace suffisamment important pour que l’accès à son micro constitue un enjeu démocratique ?
1. Ce que l’Arcom annonce réellement : une concertation, pas encore un compteur
Le point de départ tient dans cette déclaration de Martin Ajdari :
« Nous réfléchissons à de nouvelles règles pour la campagne de 2027. »
Une concertation vient d’être engagée avec les principaux créateurs de contenu. L’audience est présentée comme un critère de sélection des interlocuteurs. Les objectifs évoqués sont l’honnêteté et l’équité ; aucun mécanisme détaillé n’est exposé.
Un chantier est donc ouvert. Mais cela ne signifie pas qu’un quota de minutes, une obligation d’inviter tous les candidats ou une sanction pour les chaînes qui refuseraient de participer ont été annoncés.
Le contenu précis du dispositif, ses seuils, son calendrier et sa forme juridique restent à préciser. Clubic le relève explicitement. Une charte, une recommandation, un engagement volontaire et une obligation assortie de sanctions seraient pourtant des instruments très différents.
Un complément important : la réflexion était déjà publique cet été
La discussion n’a pas commencé en octobre. Dans le compte rendu d’un entretien à Sud Radio publié le 29 juillet 2026, Martin Ajdari envisageait déjà de demander aux créateurs les plus influents de respecter des principes d’équilibre ou d’égalité entre les candidats invités, ainsi que de prudence dans le traitement de la campagne. Il soulignait immédiatement que les différences de diffusion empêchaient de reproduire les règles des médias classiques. Source : Sud Radio
L’équilibre entre candidats n’est donc pas une invention des titres de presse. En revanche, le décompte strict du temps de parole reste une extrapolation, pas un dispositif annoncé.
Autre distinction importante : dire que « l’État veut appliquer les règles de la télé » serait un raccourci. L’Arcom est une autorité indépendante du gouvernement, qui prend ses décisions collégialement et agit sous le contrôle du juge. Une prise de parole de son président n’est donc ni une décision gouvernementale ni, à elle seule, une nouvelle règle applicable. Source : Arcom
Enfin, les noms de HugoDécrypte, Gaspard G, Sam Zirah, Legend ou Backseat servent, dans la couverture journalistique, à illustrer les formats concernés. Ils ne constituent pas une liste officielle des participants à la concertation.
2. Pourquoi ces créateurs comptent : ils ne vendent pas seulement du temps d’antenne
Dans son article du 4 octobre, Libération mentionne 3,77 millions d’abonnés pour Legend, 3,81 millions pour la chaîne d’HugoDécrypte citée et plus de 2 millions pour Sam Zirah. Ce sont les chiffres rapportés à cette date, pas des compteurs actualisés en direct.
Ces ordres de grandeur donnent une idée de leur puissance de diffusion potentielle. Mais ils ne permettent pas de conclure qu’une interview touche automatiquement autant de personnes qu’une émission de télévision : un nombre d’abonnés, des vues cumulées et une audience télévisuelle ne mesurent pas la même chose. Ils ne démontrent pas davantage un effet sur le vote.
L’intérêt politique de ces formats ne peut donc pas se résumer à leur taille.
Une autre manière de présenter une personnalité politique
Derrière le mot « créateur », les propositions éditoriales sont différentes. Sam Zirah vient notamment des interviews people et de la téléréalité. Backseat est une émission politique sur Twitch. HugoDécrypte et Gaspard G sont associés à l’information. Legend reçoit des personnalités politiques parmi d’autres invités.
Chez Gaspard G, la chaîne présente par exemple des entretiens réalisés avec TF1 INFO, autour de Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal et François Ruffin. La frontière entre créateur et média traditionnel n’est donc pas toujours une séparation nette : elle peut aussi prendre la forme d’une collaboration. Source : chaîne YouTube de Gaspard G
Notre lecture : un responsable politique peut chercher dans ces rendez-vous autre chose qu’une exposition supplémentaire. Il peut y trouver une autre manière d’être perçu.
Un portrait permet de raconter les événements qui auraient construit ses convictions. Une conversation personnelle peut rendre sa trajectoire plus familière. Un entretien de fond peut lui laisser développer un raisonnement difficile à tenir dans une confrontation courte.
Cela n’implique pas nécessairement de la complaisance. Un entretien long peut être exigeant ; une séquence courte peut être promotionnelle. La durée, à elle seule, ne mesure ni la qualité journalistique ni la distance critique.
La vraie question devient alors : qui choisit les invités, avec quelles intentions éditoriales, quelles questions et quelle mise en valeur ?
Pour un candidat, avoir accès au micro ne signifie pas seulement disposer de minutes. Cela signifie entrer dans un cadre narratif dont il ne maîtrise pas tous les éléments, mais dont il peut espérer bénéficier.
3. À la télévision, le système est déjà plus subtil que « chacun le même nombre de minutes »
Pour comprendre ce qui pourrait être transposé, il faut commencer par regarder ce qui existe.
Le pluralisme est suivi toute l’année à la télévision et à la radio. Hors période électorale, un tiers du temps d’intervention est réservé à l’exécutif, dans le périmètre prévu par les règles. Le reste est réparti selon un principe d’équité, tenant notamment compte des résultats électoraux, de la représentation politique et de la contribution au débat public.
L’équité ne signifie donc pas l’égalité arithmétique. Elle cherche une représentation appréciée selon plusieurs critères. L’égalité impose, elle, des durées identiques dans les périodes et les conditions où elle s’applique. L’Arcom distingue explicitement ces principes dans sa présentation du traitement des élections. Source : Arcom
La présidentielle comporte un régime particulier. En 2022, l’égalité des temps de parole et d’antenne s’appliquait à partir du début de la campagne officielle, le 28 mars. Le temps d’antenne ne recouvrait pas seulement les paroles du candidat : il intégrait aussi ses soutiens et certaines séquences consacrées à sa candidature. Des conditions de programmation comparables étaient également prévues. Ce précédent explique l’architecture du système ; ce n’est pas une annonce des modalités de 2027. Source : Arcom
Autre détail concret : ce sont les éditeurs qui identifient les personnalités concernées, relèvent leurs temps de parole et transmettent les données. L’Arcom les vérifie. Transposer une obligation de comptage à des créateurs signifierait donc aussi leur demander de produire une information de suivi, pas seulement de modifier leurs invitations. Source : Arcom
Une correction indispensable sur le silence électoral
Plusieurs articles parlent de « deux jours avant le scrutin », et Libération emploie une formulation renvoyant au vendredi. Mais la règle juridique mérite d’être précisée.
L’article L49 du Code électoral interdit notamment la diffusion électronique de messages ayant le caractère de propagande électorale à partir de la veille du scrutin à zéro heure. Pour un vote organisé le dimanche, cela correspond au samedi à 0 heure, dans la nuit du vendredi au samedi. Ce n’est pas une interdiction générale de toute discussion politique pendant les deux journées précédentes. Source : Légifrance
Cette précision illustre un point essentiel : l’absence du dispositif télévisuel de temps de parole ne signifie pas l’absence de droit applicable en ligne.
4. Sur YouTube, le problème commence là où le chronomètre s’arrête
Le meilleur argument contre une transposition mécanique n’est pas que YouTube serait, par nature, impossible à réguler. C’est que le temps disponible et l’exposition effective peuvent y diverger considérablement.
YouTube décrit un système de recommandation personnalisé, fondé notamment sur l’historique de visionnage, les centres d’intérêt, les interactions et la satisfaction des spectateurs. Les utilisateurs ne reçoivent donc pas tous la même sélection de contenus. Source : Aide Google
Une minute publiée n’est pas une minute vue
Prenons un exemple fictif. Une chaîne publie deux entretiens d’une heure avec deux candidats. Le premier atteint un million de vues ; le second, cinquante mille.
Le compteur éditorial est parfaitement équilibré. L’exposition ne l’est pas.
Faut-il demander au créateur de compenser cet écart ? Ce serait lui attribuer la responsabilité d’un résultat qui dépend aussi des choix du public et de la distribution par la plateforme. À l’inverse, ne regarder que les deux fichiers d’une heure ferait disparaître une différence majeure de visibilité.
La distinction est donc essentielle : ce que le créateur décide de publier n’est pas identique à ce que le public reçoit effectivement.
Un entretien peut devenir plusieurs objets éditoriaux
Poursuivons l’exemple. Les deux entretiens durent une heure, mais le premier bénéficie de vingt extraits, d’une bande-annonce et d’une mise en avant répétée. Le second reste une vidéo isolée.
Même sans invoquer l’algorithme, les choix du média peuvent créer un déséquilibre que le comptage des entretiens intégraux ne capte pas.
Un éventuel cadre devrait alors préciser son périmètre : la vidéo longue seulement ? Les extraits publiés par son producteur ? Les déclinaisons sur d’autres plateformes ? Les republications par des tiers ?
Ce ne sont pas des détails techniques. Selon la réponse, on ne contrôle ni le même objet ni le même responsable.
Le calendrier devient lui aussi un choix de mesure
Dans un dispositif hypothétique, que ferait-on d’un entretien publié avant la période de référence, mais qui trouve son public pendant la campagne ? Et d’une vidéo de campagne dont l’essentiel de l’audience arrive après le scrutin ?
Il faudrait choisir entre mesurer la publication, la disponibilité ou la consommation. Chaque option répond à une question différente.
Le temps de parole peut donc être un indicateur utile des choix éditoriaux. Il ne peut pas devenir, à lui seul, une mesure de l’influence politique.
Même la régulation traditionnelle prend déjà en compte la visibilité
Un élément récent permet d’éviter une caricature : l’Arcom a annoncé que les interventions politiques diffusées la nuit ne seraient plus prises en compte dans son décompte à compter du 1er octobre 2026. Source : Arcom
Le régulateur ne considère donc pas que toutes les minutes sont interchangeables, indépendamment de leurs conditions de diffusion.
Le passage à YouTube ne crée pas entièrement le problème. Il le rend beaucoup plus difficile à résoudre, parce que la visibilité y est personnalisée plutôt que simplement liée à un horaire. C’est l’une des conséquences du fonctionnement des recommandations décrit par la plateforme. Source : Aide Google
5. Le dilemme démocratique : protéger le débat sans uniformiser les médias
Deux risques doivent être discutés avec la même rigueur.
Premier risque : imposer à chaque créateur de devenir une chaîne généraliste miniature.
Une obligation trop lourde pourrait pousser certains à réduire leurs interviews politiques. C’est une hypothèse, pas une réaction documentée des créateurs cités. Mais le mécanisme est plausible : préparer les entretiens, suivre les invitations, comptabiliser les interventions et répondre aux contestations mobilise des moyens.
Le problème serait particulièrement sensible pour un média qui revendique une ligne éditoriale particulière. Faut-il exiger une diversité de sensibilités à l’intérieur de chaque chaîne, ou considérer qu’elle peut aussi résulter de la coexistence de chaînes différentes ?
Ces deux conceptions du pluralisme ne conduisent pas aux mêmes obligations.
Deuxième risque : considérer qu’une forte audience n’entraîne aucune responsabilité particulière.
Dans cette hypothèse, quelques acteurs pourraient devenir des points de passage importants de la campagne tout en conservant une totale opacité sur la sélection et la présentation de leurs invités.
L’enjeu ne serait pas de leur interdire une sensibilité. Il serait de permettre au public de comprendre la nature du rendez-vous : information, commentaire, soutien assumé ou opération promotionnelle.
Il ne faut néanmoins pas présumer un déséquilibre actuel : Le HuffPost cite déjà des invités de plusieurs sensibilités chez différents créateurs. Une interrogation sur le cadre futur n’est pas la démonstration que les chaînes mentionnées auraient aujourd’hui toutes une programmation unilatérale.
Il faut enfin prévoir le cas du refus. Si plusieurs candidats sont invités mais que certains déclinent, l’absence de leur entretien ne signifie pas nécessairement une volonté de les exclure. Tout système sérieux devrait distinguer l’accès proposé de la participation effectivement obtenue.
La question devient alors :
Veut-on imposer aux créateurs un résultat d’équilibre, ou leur demander de rendre explicites les choix et les démarches dont ils sont responsables ?
6. En Europe, un précédent particulièrement pertinent existe en Belgique francophone
La référence de Martin Ajdari à ses homologues européens demeure insuffisamment détaillée dans les articles disponibles : ils ne permettent pas d’identifier précisément les pays auxquels il pense.
Des dispositifs existent néanmoins en Europe. Ils éclairent la discussion, sans pouvoir être présentés comme les exemples auxquels le président de l’Arcom faisait référence.
Belgique francophone : des obligations électorales pour certains médias en ligne
C’est le précédent le plus directement comparable parmi les dispositifs examinés pour cet épisode.
Pour les élections de 2024, le CSA de la Fédération Wallonie-Bruxelles explique que son règlement concerne aussi les médias audiovisuels en ligne : podcasts, vlogs et catalogues de vidéos. Les services concernés doivent respecter des principes d’objectivité, d’équilibre et de représentativité dans leur couverture électorale. Les services ouvertement partisans ou édités par des candidats, listes ou partis sont exclus du champ sous des conditions d’identification claire. Source : CSA Belgique
Les médias qui couvrent les élections doivent adopter un dispositif électoral : un document décrivant leur manière de traiter la campagne. L’éditeur conserve des choix de couverture, mais doit les organiser dans le respect des principes applicables. Source : CSA Belgique
Attention au périmètre : cela ne signifie pas que n’importe quel internaute belge est automatiquement traité comme une télévision. Le CSA précise que la qualification d’un créateur comme service de médias audiovisuels repose sur plusieurs critères cumulatifs, examinés au cas par cas, notamment l’activité économique et la responsabilité éditoriale. Source : CSA Belgique
Ce précédent démontre qu’un cadre électoral peut inclure des médias numériques sans se résumer à un compteur uniforme imposé à tous les comptes.
Italie et Espagne : de véritables cadres pour les créateurs, mais pas la même question
En Italie, l’AGCOM a adopté en juillet 2025 des lignes directrices et un code de conduite pour les influenceurs importants, avec notamment des seuils de 500 000 abonnés ou un million de vues mensuelles moyennes sur au moins une plateforme. Les obligations présentées concernent la transparence, les communications commerciales, les droits fondamentaux et la protection des mineurs. Ce dispositif n’est pas un régime d’égalité électorale entre candidats. Source : AGCOM
En Espagne, le décret de 2024 définit des utilisateurs particulièrement importants des plateformes vidéo, à partir de critères combinant revenus, audience et activité. Il retient notamment 300 000 euros de revenus annuels liés à cette activité, ainsi qu’un million d’abonnés sur une plateforme ou deux millions cumulés, avec une condition de publications. C’est un exemple de délimitation des acteurs régulés, pas la preuve d’un chronométrage électoral généralisé. Source : BOE
La comparaison européenne oblige donc à séparer trois questions : qui relève du régulateur, quelles obligations éditoriales lui sont applicables et quelles règles particulières concernent les élections ?
7. Interview, opinion et publicité politique : ne pas mélanger les catégories
Une interview indépendante d’un candidat, une prise de position personnelle et une prestation rémunérée pour promouvoir un message politique ne sont pas interchangeables.
Le règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité politique est pleinement applicable depuis le 10 octobre 2025. Il impose notamment l’identification des publicités politiques et des informations sur leur financement. Il ne crée pas un compteur de temps de parole pour les interviews. Source : Commission européenne
Le texte distingue les contenus relevant d’une responsabilité éditoriale et les opinions personnelles de la publicité politique, tout en prévoyant notamment le cas d’une rémunération spécifique liée à la préparation ou à la diffusion du contenu.
Parler de politique ne suffit donc pas à qualifier automatiquement une vidéo de publicité politique. Source : Eur-Lex
Pour les producteurs et les agences, cette distinction est centrale : il faut comprendre qui commande, qui finance et qui conserve la décision éditoriale. Elle ne préjuge pas, à elle seule, de la licéité de chaque opération au regard des autres règles applicables.
Il existe aussi un autre niveau de responsabilité, celui des plateformes. Les lignes directrices européennes prises dans le cadre du règlement sur les services numériques visent la réduction des risques systémiques pour les élections et rappellent notamment les obligations relatives aux recommandations, à la transparence publicitaire et à l’accès aux données. Ces obligations des plateformes sont distinctes d’éventuelles obligations d’équité imposées aux créateurs. Source : Commission européenne — stratégie numérique
On ne peut donc pas demander au seul intervieweur de résoudre un problème dont une partie se situe dans la distribution.
8. Le compromis à mettre en débat : rendre les choix visibles avant de prétendre égaliser les audiences
À ce stade, les pistes suivantes sont des propositions que nous mettons en débat, pas des mesures annoncées par l’Arcom.
La première serait de demander aux médias concernés d’expliciter leur dispositif de campagne : critères d’invitation, formats proposés, période couverte, place réservée aux extraits. Cela rendrait les choix discutables sans prétendre que tous les médias doivent produire la même émission.
La deuxième serait de documenter les invitations et les refus. Un relevé de présence ne raconte pas toujours le travail éditorial qui l’a précédé.
La troisième serait de distinguer les responsabilités : au créateur, les choix de publication et de présentation ; à la plateforme, ses mécanismes de distribution et ses obligations de transparence ; aux acteurs politiques, leurs propres obligations de campagne.
Aucune de ces pistes ne supprime les difficultés. Il resterait à définir les acteurs concernés, les garanties de liberté éditoriale, les modalités de contrôle et les recours.
Mais elles déplacent utilement la discussion : au lieu de chercher immédiatement une égalité de résultats que personne ne maîtrise seul, commencer par rendre les décisions compréhensibles et les responsabilités identifiables.
Conclusion — Ce n’est pas seulement le temps de parole qui entre dans le débat, c’est le pouvoir éditorial
Au 6 octobre 2026, les sources consultées établissent une concertation et une volonté de réfléchir à des garanties pour 2027. Elles n’établissent pas l’instauration d’un décompte généralisé sur YouTube.
Le sujet raconte la reconnaissance d’un pouvoir : celui de choisir qui entre dans une conversation suivie par un public important, comment cette personne est interrogée et sous quelle forme ses propos sont diffusés.
La mauvaise réponse serait de considérer que toute audience importante doit adopter exactement les contraintes d’une télévision. L’autre mauvaise réponse serait d’affirmer que le mot « créateur » dispense, par principe, de toute discussion sur les responsabilités éditoriales.
Le défi est de protéger à la fois la liberté de produire des médias différents et la possibilité, pour le public, de comprendre comment la parole politique lui est présentée.
On peut compter les minutes. La question démocratique reste de savoir qui a réellement eu la possibilité d’être entendu.
Sources et limites de vérification
L’annonce d’octobre. Les articles de Libération, du Parisien et du HuffPost constituent la base de cet épisode. Ils comportent une attribution à l’AFP et renvoient au même entretien de La Tribune Dimanche. Il faut donc les lire comme plusieurs traitements d’une annonce commune, pas comme trois confirmations indépendantes d’un projet détaillé. L’entretien original, signé Rémi Jacob et Soazig Quemener, a été publié en ligne le 3 octobre, pour l’édition du 4 octobre. Le passage intégral consacré aux podcasts n’étant pas accessible lors de la préparation de l’épisode, les citations correspondantes reposent sur les articles consultés et les reprises. La Tribune · Notre Temps / AFP
Les principaux apports extérieurs. Le compte rendu de Sud Radio du 29 juillet 2026 apporte un antécédent à la discussion. Les pages officielles de l’Arcom et l’article L49 permettent de préciser le droit français. Le règlement électoral 2024 du CSA belge fournit le précédent européen le plus directement pertinent ; l’AGCOM et le BOE espagnol documentent d’autres formes d’encadrement. Les sources sont citées au fil des sections pour distinguer leur apport.
Les réactions des créateurs restent non établies. Les documents et résultats publics accessibles consultés pour cet épisode n’ont pas permis d’identifier de réaction directement attribuable à HugoDécrypte, Gaspard G, Sam Zirah, Legend ou Backseat répondant à cette annonce d’octobre. Cela ne prouve pas qu’aucune réaction n’existe. Les risques d’autocensure ou de surcharge évoqués sont donc des hypothèses d’analyse, pas leurs déclarations.
Deux autres points restent ouverts : le contenu juridique et opérationnel du futur dispositif français, et l’identité précise des homologues européens auxquels Martin Ajdari faisait référence. Les précédents présentés éclairent le débat ; ils ne permettent pas de combler ces deux lacunes.

